Etre Mère

Etre Mère

Maternité

Lower Antelope Canyon 21 Avril 2017

Elle m’a accueillie en son sein, et j’ai eu le sentiment d’être au coeur, la terre tel un utérus aux couleurs chaudes, camaïeu d’ocres, rouilles et d’orangers nous laisse entrer dans son intimité. Parois de terre aux lignes fibreuses comme des muscles, cathédrale solide et fragile à la fois, fait entrer l’Homme dans ses entrailles, pour lui rappeler d’où il vient et combien la nature est majestueuse, comment elle s’embellit façonnée par le temps à coups de claques de l’eau et du vent, lui si petit dans cet infiniment grand et pourtant si puissant d’être en vie…et j’ai compris…

Je suis la Terre Mère, je ne suis que courbes, tel un cocon, tel un nid près à recevoir, je suis faite de plaines et de collines, en moi coulent des rivières et poussent des forêts enchantées. Je suis le cycle de la vie, je porte en moi la mort et son contraire, et pour un temps limité, chaque mois m’offre une nouvelle chance de mettre au monde.

Nous sommes la terre où prennent racine nos enfants. Nous ne faisons que faire germer des graines, les regarder pousser, nous émerveiller de leurs bourgeons, les aider à s’élever vers le ciel, grandir, s’épanouir et leur donner la main dans cette lente ascension. Inquiètes parfois de les voir flétrir pour finalement mieux se ressaisir, nous les observons saison après saison, prendre force, se nourrir de nos nutriments, puiser notre eau, chercher notre air.

Nous les regardons lutter contre le vent, accueillir la pluie et se réchauffer au soleil. Nous avons peur parfois qu’ils plient sous le poids des intempéries mais ils savent que nous sommes là pour les soutenir et y puiser la force nécessaire pour tenir. Toutes ces jeunes pousses aussi variées, belles, différentes, fortes et fragiles soient elles ont besoin de cette base fertile. Il arrive parfois que certaines semences portées par le vent trouvent en d’autres lieux de quoi se sustenter. Il arrive aussi que la terre malgré toutes ses richesses n’arrive à faire germer quoi que ce soit parce que son rôle est ailleurs. Parce qu’elle est le lit d’une rivière, un chemin de passage, le sommet d’une montagne trop exposé aux éléments mais elle participe tout aussi pleinement à la beauté du paysage et joue son rôle protecteur ou montre simplement la voie à suivre.

Parfois il arrive des miracles, que surgisse la vie là où rien ne semblait vouloir pousser. La terre peut s’appauvrir aussi au gré du temps, fatiguée qu’elle est de toujours devoir être si pleine d’énergie pour contenter les besoins de ceux qu’elle porte, et elle trouvera dans le repos, le ressourcement nécessaire, qui lui permettra  à nouveau de porter la vie.

Nous sommes tous les enfants de la Terre et nous avons tous un jour puisé cet amour. Nous revenons régulièrement à la source nous abreuver parce qu’elle nous est essentielle, parce qu’elle nous bichonne, nous rassure et à jamais prendra soin de nous. Terre mère, terre d’accueil, terre nourricière, terre fertile, terre stérile ou en jachère…quoi qu’il en soit TERRE…et pourtant

Etre Mère, Ce n’est pas enfanter. Être Mère, C est un amour à donner, Du temps à consacrer, Des gestes à répéter, Des mots pour rassurer, De la patience sans compter, De la tendresse inestimée. Être Mère, C’est une volonté sans cesse renouvelée, Espérer le meilleur, Craindre le pire, Quoi qu’il en soit accompagner.

Je vous croise chaque jour, mamans, d’ici ou d’ailleurs, si attentionnées et j’en ai croisé sur mon chemin des femmes en souffrance, en rêve de maternité. Des femmes qui en avaient les yeux tout abîmés d’avoir pleuré, d’être passées à côté. Des femmes que la vie avait privé de tout espoir de mettre au monde et qui ont finalement adopté, des femmes en quête de donner le jour à un être d’amour.

S’il y a bien des tatouages, celui là en est un…mettre au monde et devenir mère….parce qu’on le devient n’est ce pas ?

J’ai marché un temps dans le brouillard car mes antécédents médicaux ne me faisaient aucune promesse quant à la possibilité de devenir mère un jour même si tous les atouts avaient été mis de mon côté, je devais juste avancer, serai maman, serai pas…l’avenir me le dira. J’ essayais de ne pas penser à la ‘tite épée de Damoclès que j’avais au dessus de la tête, je devais avancer en confiance, c’était ma plus belle chance…et puis elle est arrivée alors que j’avais 32ans, la vie.

Parce que Zoé en grec signifie, vie, existence. J’ai su dès l’adolescence que ce prénom jouerait un rôle incontestable, le jour où il a rencontré mon chemin, il m’est allé droit au coeur et comme une forte conviction, une intime évidence, je savais qu’il aurait sa place.

J’ai été fascinée par ce petit bout de chaire, et tous ses instincts primaires. Quand tu mets au monde, il y a quelque chose à ce moment de l’existence qui se fige, tu sais que dans l’espace temps même si tout est une continuité, il y aura un avant et un après. Tu regardes ce petit être, dont tu deviens l’univers, tu réalises alors que tu changes de dimension, tu prends conscience de l’infiniment grand, de l’amour inconditionnel. Tu plonges avec appréhension et délice dans ce regard bien éveillé et tu te mets à t’émerveiller. Tu sais qu’à jamais ce petit bidule, te créera des ridules. Suis maman et je considère mon enfant comme une particule à part entière, un être à aimer, je suis là pour lui donner la main. Je n’ai pas le sentiment de posséder, juste d’accompagner.

De loin Maman ça s’apprend, y a pas de manuel, tu as juste l’instinct et toutes les tonnes de conseils qui te tombent du ciel.

En hommage à la Terre qui a imprégnée mes dix jours de voyage, aux mères, aux femmes, j’ai souhaité recueillir quelques témoignages  de mamans et de non mamans, trentenaire, quarantenaire et cinquantenaire, autant de regards sur la maternité qui est loin d’être pour toutes un conte de fées.

Je m’excuse auprès d’elles, j’ai été dure, je leur ai demandé de me condenser en quelques mots, ce que représentait pour elles le fait d’être mère ou non, puis j’ai reçu le dernier témoignage, impossible à écourter tellement il sonne juste dans sa longueur, parce que bien évidemment l’amour ça ne tient pas en quelques lignes. Je demande pardon aux autres de ne pas leur avoir accordé plus de place mais je crains qu’alors il nous faille un livre…

Terre en labour

Devenir mère n’a pas été un long fleuve tranquille. Non pas qu’il a été difficile de concevoir cet enfant, mais plutôt difficile d’être une mère, LA maman de cet enfant là. Ce sentiment, je l’ai au départ tu, par peur du jugement, par peur de ce que je ressentais, par peur de qui j’étais vraiment…au fur et à mesure des mois, des années, j’ai pu comprendre ce qui m’empêchait d’être maman, de me sentir maman. J’ai compris que pour être maman il ne suffisait pas de mettre au monde un enfant. Ce que j’ai vécu on l’appelle « la difficulté maternelle ». Elle peut prendre la forme de dépression, angoisses, mal être, difficulté d’attachement à l’enfant etc. Pour être maman, il m’a fallu me libérer de mon enfance, de mes souffrances enfouies, de mon passé, pour être en paix avec moi-même et avec la maman que je souhaitais être. Au final, aujourd’hui, je peux dire qu’être mère est une des plus belles choses qui me soit arrivée dans ma vie. La maternité m’a fait aller à la rencontre de deux êtres : mon enfant, et moi-même.  D.G.B

Lit d’une rivière

Etre mère, je ne me suis jamais vraiment posée la question ou alors très brièvement!! Je pense que c’est un mélange de concours de circonstances et aussi une envie qui ne m’a jamais vraiment traversée l’esprit. Je n’ai eu à aucun moment, comme une majorité de femme je pense, l’envie d’en avoir un et qui souvent quand le corps ne veut pas détruit certaines femmes, au moins j’ai échappé à cela. Je pense qu’avec ma nature trop anxiogène, je me serai fait du sang d’encre pour eux !!!!  Bien que je me sois améliorée, je me suis mise à la méditation de pleine conscience en 2016. Je pense qu’une vie sans enfant est différente et apporte peut être autre chose car on a plus de temps à soi et surtout à donner aux autres ce qui n’est souvent pas le cas des gens qui ont une famille et qui sont en général très repliés sur eux mêmes surtout quand les enfants sont jeunes et s’ouvrent plus quand les enfants sont grands. C’est le constat que j’ai fait. Le seul bémol au fait de ne pas avoir d’enfant c’est le fait de vieillir, car là on se dit qu’il n’y aura personne pour nous aider, donc il faut bien s’entourer. MCP

Terre en jachère

 J’ai 45 ans et je n’ai pas enfanté ! Ma stérilité est à la fois la plus douloureuse et la plus belle expérience de ma vie . Ne pouvoir donner la vie reste un sujet très tabou de nos jours. Je me suis longtemps sentie isolée comme si j’étais atteinte d’une grave maladie. Très peu de mes proches, même encore aujourd’hui ose échanger avec moi à ce sujet. Aucune assistance médicale n’a été possible pour moi . De ce grand isolement est né une profonde tristesse. Pour continuer à vivre pleinement, j’ai donc été obligée d’aller à la rencontre de moi-même. J’ai essayé de comprendre le sens de l’existence reliée à ses cycles du jour et de la nuit, de la naissance et de la mort et de toutes les autres dualités qui gouvernent notre monde… J’en ai fait ma grande recherche de vie. Ma conscience s’est éveillée et s’éveille encore de découvertes en découvertes. Suite à plusieurs événements marquants, j’ai changé de métier. Je suis devenue une accompagnante dans le cadre de mon cabinet de réflexologie plantaire et de mes cours de Qi Gong. Au quotidien, dans le cadre de ma profession, je peux dire que je joue mon rôle de maman ! Je suis convaincue que la vie est perfection. J’ai vécu ce parcours très initiatique pour me révéler à moi-même. De ce manque apparent est né ma force et finalement à présent je me sens mère au sens large du terme. Même s’il m’arrive encore régulièrement d’être triste, j’ai entièrement confiance en la vie. Je sais au plus profond de mon cœur, qu’elle me réserve encore bien des révélations. Alors je l’accueille telle qu’elle est instant après instant. VP

Terre d’accueil

D’aussi jeune que je me souvienne, j’ai toujours voulu devenir mère. A l’adolescence, quand on joue à se faire peur avec des « qu’est-ce qui pourrait m’arriver de pire dans la vie ? », je répondais « ne jamais avoir d’enfant ». D’où vient cette envie que l’on a ou pas, est-ce le fruit de notre éducation, est-ce dans nos gènes, dans notre caractère, est-ce un instinct ? Je ne le sais pas. Pour moi, c’était certain, je serai mère.

Je n’y avais jamais réfléchi, c’était comme une évidence : je rencontrerai quelqu’un, on se marierai, ou pas, et on aurai des enfants. Au moins trois, des filles comme des garçons. Et puis je suis devenue adulte, j’ai rencontré quelqu’un, on s’est marié et on a fait des enfants. Beaucoup d’enfants. Mais je ne les ai jamais portés que quelques semaines chacun et ils ne sont jamais nés. Certains m’ont même conduites aux urgences avec engagement de mon pronostic vital. Les médecins continuaient à garantir une grossesse en augmentant encore et encore les doses d’hormones de synthèse. Mon corps et mon moral, en overdose de ces drogues, se dégradaient lentement. Alors il a finalement fallu y réfléchir. Pourquoi voulais-je être mère ? Qu’est-ce que cela voulait dire pour moi ? Quel prix étais-je prête à payer pour porter un enfant ? Jusqu’à quel point étais-je prête à mettre ma santé physique et mentale en péril avant de réagir ? Il m’a fallu beaucoup de courage pour aller chercher de l’aide hors du corps médical. Et grâce à une femme formidable, j’ai affronté ces questions. Trouver les réponses m’a pris plusieurs années.

J’avais un besoin viscéral d’être mère, de donner un amour inconditionnel à mes enfants et de recevoir le leur, de les accompagner dans leurs apprentissages et leurs découvertes, de faire d’eux des adultes épanouis et responsables. J’avais envie de porter mes enfants dans mon ventre, qu’ils me ressemblent ainsi qu’à leur père, qu’ils aient nos gènes. Différencier ce dont j’avais besoin de ce dont j’avais envie a été le plus difficile. Bien des années après notre mariage, nous sommes allés chercher nos enfants au bout du monde. Des enfants avec un début de vie compliqué qui avaient besoin d’une famille. Des enfants qui m’ont faite mère, mes enfants. Quel mystère ce lien mère-enfant qui semble lui aussi une évidence mais ne l’est pas. Ce lien dit-on qui se crée au plus profond de nous lorsque l’on porte notre enfant. Comment alors expliquer ces mères désemparées face à un petit inconnu au lendemain de l’accouchement, ou l’existence de ce lien même lorsque l’on n’a pas porté l’enfant. Je ne parle pas de l’instinct mammifère qui nous fait prendre soin d’un petit, mais bien du lien d’amour maternel.

Mon sentiment est que ce lien se créé en partie pendant l’attente de l’enfant, comme on anticipe un rendez-vous galant ou un événement attendu. Une partie de ce lien vient de la conception, et le mot n’est pas anodin, de l’enfant dans notre esprit. L’autre partie se crée dans la rencontre et les jours qui suivent, parfois rapidement, parfois plus lentement. Cela dépend de cette conception spirituelle qui a précédé, de sa durée et de sa maturité.

Pour notre premier enfant, nous avons su de nombreux mois à l’avance quand nous le rencontrerions à quelques semaines près. Nous avons eu le temps de le concevoir avant de le rencontrer Le jour tant attendu, la rencontre a été magique et le lien d’amour s’est forgé au premier regard. Pour notre second enfant, nous pensions devoir attendre encore plusieurs années quand on nous a annoncé qu’il nous attendait. Nous l’avons rencontré un mois plus tard sans avoir vraiment eu le temps de nous préparer. Cette rencontre a été très différente. Ce bébé était encore un étranger. Nous avons bien sur pris soin de cet enfant. Dans les premiers jours, ce soin était bienveillant et attentif, mais comme le soin que l’on donne à l’enfant de quelqu’un d’autre qui vous est confié. Notre lien d’amour s’est créé et nourri des petits gestes tendres, des regards et des sourires échangés.

Le lien d’amour maternel avec mes enfants n’est pas génétique, il se nourrit et se renforce à chaque instant passé ensemble. Quand on joue ensemble, quand on fait les devoirs, quand je change les draps au milieu de la nuit, quand je leur offre un cadeau ou que je les réprimande, quand ils se glissent dans mon lit au petit matin pour sentir mon odeur…Mes enfants me ressemblent. Ils partagent mes valeurs, mon sens de l’humour, ma répartie, mes habitudes, mes mimiques, ma vie. Mes enfants m’ont faite mère. Notre lien est profond, instinctif et viscéral. Notre amour est inconditionnel. Aux gens qui me demandent comment je fais pour aimer des enfants qui ne sont pas les miens, je réponds que, malgré le sang et les gènes, ce sont bien les miens. BC

Merci à toutes les femmes qui croisent mon chemin …d’être, à ma mère avec qui j’ai fait ce merveilleux périple (et à mon papounet aussi), à mes grands mères, à mes arrières que j’ai eu la grande chance de connaître et à ma fille. Ces mots ne sont qu’un message d’amour à l’ETRE, à tous les enfantements de quelque nature qu’ils soient. Nul besoin d’attendre la fête des mères pour vous envoyer ce message dont l’esquisse avait pris forme avant mon départ et trouve un juste point final et le besoin de naître aujourd’hui après que je sois, tel un rite de passage, re-née de ce voyage en pleine TERRE.

tʼáá íiyisíí ahéheeʼ…Si jamais vous parlez Navajo ♥

Sources:

Photo Lower Antelope Canyon

Dessin made by Zoé

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