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Ma part d’ombre

Ma part d’ombre

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Etalée sur le mur comme une éclaboussure, gît ma part d’ombre. Tristement assise, accoudée à attendre d’être enfin acceptée, elle est là, seule, à me contempler.  « Ne vois tu donc rien ? » me dit elle, « Comment toutes tes blessures te rendent belle, toutes tes tristesses sur tes joues que tu auras enfin laisser couler, en diamant  vont se transformer, toutes tes colères inexprimées, une fois criées à la voie lactée, tu pourras les chanter le coeur léger, toutes les peurs que tu auras affrontées te donneront un courage décuplé.

Mais non, toi tu attends là à ne vouloir voir que la lumière, me fuyant comme une vulgaire poussière alors que je suis celle qui te fera devenir celle que tu as tant espérée. Je suis ta part d’ombre et quand tu m’auras épousée, nous pourrons toi et moi danser, au lieu d’être là dos à dos à nous ignorer. Moi courant derrière toi, te rattrapant parfois un peu violemment et toi toute retournée de ne pas m’avoir vue arrivée, mais je ne te quitte jamais tu sais, la vie sans moi n’aurait plus de sens crois moi.

Prends moi la main, je ne suis pas le diable, que des parts de toi inestimables, je t’emmène dans les eaux profondes, dans les cavités obscures, vers les endroits de toi insondés pour que par la lumière tu sois émerveillée.

Enfin quand nous aurons fait amie-amie, ma chérie, quand tous ces lieux seront connus de toi et de toi seule, tu te rendras compte de ta perfection, que tout est sublimement juste et que dans ces endroits reculés où tu auras bien voulu semer un peu d’amour, naitra un subtile équilibre, où les émotions ne seront plus démesurées mais bien appropriées.

Plus de coeur qui s’enflamme de rage, plus de peur qui te laissent là pétrifiée, plus de tristesse qui te laisse l’âme ravagée, non, ton monde sera devenu douceur, plat épicé, sucré salé, ta vie sera gourmandise à souhait, tu n’auras qu’à te délecter. Oh bien entendu tu ne seras pas à l’abri peut être de quelques brèves tempêtes, mais tu sauras au fond de toi réunir les hauts et les bas, pour en faire de vertes prairies où tu pourras t’allonger comme dans un lit, le coeur en paix, de te connaitre à l’imparfait. »

A nos parts d’ombre ♥

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Miroir mon beau miroir

Miroir mon beau miroir

Conte du Solstice d’hiver

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Il était une fois, une jeune femme, dont la vie comme celle de beaucoup d’autres avait été chahutée, et croyait que tout ce qui lui arrivait était un fait de l ‘extérieur, mon dieu mais quelle erreur!

Boxeuse invétérée, elle passait donc son temps à lutter, à se battre contre les évènements, pensant que tout n’était que combat et qu’au bout serait le bonheur évidemment.

Puis l’existence lui offrit un magnifique cadeau, celui d’une parenthèse enchantée, dans un pays où la nature est démesurée, et où l’humain redevient nain. Elle mit donc à profit ce temps suspendu pour s’émerveiller de tout ce que la vie lui servait sur un plateau. Des couchers de soleil éclatants, des horizons verdoyants, des forêts majestueuses, des océans tonitruants, des cascades vertigineuses, des oiseaux rares, un silence en or, des fleurs à profusion, que de présents merveilleux pour qui sait ouvrir les yeux.

C’est alors que ce joli papillon en souffrance au fond de son cocon, pourtant si sécurisant, se mit à bouger. Une étincelle intérieurement venait de se raviver et lui donnait l’envie de frétiller. La jeune femme de sa chrysalide voulut se libérer mais il n’était pas si simple de tout ce poids se débarrasser, celui des années, des croyances, des colères ressassées, des doutes et des peurs tentait de l’en empêcher.

Mais la jeune femme trouva des consoeurs pour l’encourager, des femmes en chemin vers la liberté,  un boulevard empreint de féminité, que dis je? Une voie royale toute tracée.

Dans cette ascension lente, faite de déchirures et de purs moments de vérité, une lumière se mit à briller et c’est vers cette lueur que la jeune femme commença à se hisser. Elle quitta sa grande timidité et tendit les bras vers l’au delà, doucement vers le ciel elle s’étira. Pas après pas, elle goutait la joie d’être apaisée, de trouver la plénitude, de vivre en toute sérénité, sans la moindre inquiétude, un état de grâce que nul ne devrait ignorer.

Il est long le chemin pour déployer ses ailes, comment conserver cet état d’être sans se faire aspirer par la spirale infernale de la quotidienneté se dit elle? Car elle était désormais rentrée en pays natal, bien loin de la grandeur qui lui avait offert sa métamorphose et lui permettait aujourd’hui d’avoir un regard neuf sur les choses. Ce n’est qu’une question d’attitude pensa t elle, voilà le chemin vers la béatitude, convoquer l’instant présent et naître à soi éternellement.

Une fois conscientisé le parcours n’en fut que plus aisé, l’existence amena sur son chemin des tas d’expériences pour continuer d’explorer ce passage vers la lumière qu’elle avait enfin trouvé. Tout se passait divinement, elle était accompagnée concrètement. La vie la guidait avec talent pour accomplir sa mission ouvertement.

C’est ainsi qu’elle comprit le plus beau mystère de la création, et déploya ses ailes de papillon. Nul besoin de lutter, tout n’est que miroir pour nous initier. Tout n’est que reflet, le beau comme le mauvais, que nos mondes intérieurs se dévoilent à l’extérieur et que c’est en nous que réside le grand tout. Quand enfin tu parviens à tout observer, sans être dans ton coeur affecté, mais qu’au fond de celui-ci nait un souffle de bonté, qui permet de t’accepter tel que tu es, alors tu peux enfin ouvrir les bras vers l’infini et y serrez les autres, comme dans un nid. Désormais tu peux accueillir le meilleur comme le pire parce qu’il y a quelque part en soi l’immuable évidence, celle de s’être enfin trouvé, quelle chance! Elle n’avait plus peur car chaque jour elle avançait découvrant enfin sa vraie valeur.

Dans cette osmose, naissait une énergie teintée de rose, qui prenait racine entre le ciel et la terre, son corps tel un cathéter pour nourrir à l’infini le cycle de la vie.

Joyeux solstice d’hiver les amis ♥

 

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Miroir, mon beau miroir

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La Mue

La Mue

Je pensais avec un serrement au coeur, que rien n’est plus lent que la véritable naissance d’un homme

Mémoire d’Hadrien de Marguerite Yourcenar

ou comment se défaire de ses fardeaux jusqu’à devenir léger comme une plume.

J’ai observé la mue du papillon lors de l’exposition Butterflies and Blooms. C’est long, laborieux, nécessite beaucoup d’énergie pour ne  serait ce élargir de quelques millimètres l’ouverture libératrice. Il en va de même pour nous, pour se défaire de nos croyances, de nos peurs, il nous faut aussi parfois répéter plusieurs fois les mêmes erreurs, trébucher plusieurs fois au même endroit, avant de comprendre qu’il y a d’autres chemins à emprunter et que la signalétique n’est pas toujours bonne. J’ai très tôt cru qu’il fallait être forte, tout porter à bout de bras, sans doute l’héritage (malgré moi)du féminisme des années 70 ou j’ai du trop regarder Wonder Woman quand j’étais petite…sauf que de derrière ton écran, pour W.W la vie parait facile, quelques petits tours sur soi même et c’est réglé. J’ai franchement essayé, faut plus que faire des tours, faut carrément plonger à l’intérieur de soi pour y voir clair.

A l’adolescence, douloureux Corps à Corps avec les dictâtes de la beauté. C’est là que commence le difficile rapport de la femme avec ses courbes, qu’on prend conscience de ses charmes à se faire des clins d’oeil dans le miroir. C’est la période où le regard des autres prend un peu beaucoup d’importance.  J’en ai fait l’expérience et je le constate aujourd’hui encore avec nos deux adolescentes. J’ai le souvenir au collège, des filles qui se regardent dans les vestiaires et qui se trouvent trop grosses alors que vu de ta fenêtre, elles ont une silhouette de rêve. C’est pourtant loin, mais photographique, comme si cet instant T avait éveillé des questions sur l’image que je renvoyais. Faute d’un monstre de confiance en toi, le doute s’insinue comme un souffle dans la brèche qui vient de s’ouvrir.  T’as peut être quelques kilos qui trainent, rien de méchant, mais dans ton esprit se creuse le sillon de la recherche de la perfection. J’avoue j’ai fait la bêtise, j’ai glissé sur la pente bien savonneuse de l’anorexie. Quel enchantement cette maitrise sur le corps et quelle galère aussi! J’ai lutté avec la balance jusqu’à -10kg. Il a fallu que je souffre d’aménorrhée (absence de règles) pour que je finisse devant une gynéco qui me menace de l’hôpital si je ne me ressaisissais pas de ce pas. Je n’étais pas assez extrémiste pour descendre plus bas, j’ai remonté la pente. Il m’a fallu cette bonne vraie crise (désolée les parents!) pour me foutre la paix, le curseur de mon bien être est en moi, basta, et étrangement je suis aujourd’hui plus menue qu’avant. C’est le saint Graal de la plus part des femmes, s’accepter. J’en croise et j’en ai croisé des femmes en peine avec leurs rondeurs, d’autres avec leur maigreur et je constate avec stupeur que ce phénomène est transgénérationnel. Que de batailles…Fichtre! Allons nous donc un jour nous foutre la paix, nous défaire du lourd regard de la société qui tire les ficelles, qui impose les canons de la beauté féminine, et enfin se trouver bien dans notre peau?

Pantin un peu, beaucoup, passionnément, à la folie…plus du tout. Rentrer dans le moule, être sage, ne pas déborder, rester sur les rails, ne pas faire de vague, ne pas sortir du cadre, répondre aux attentes, être studieuse, gagner sa vie, devenir autonome, se taire, faire le dos rond, ronger son frein, arrondir les angles….ça vous parle? J’ai fait tout cela très bien, genre experte, miss perfection, peut être un peu extrémiste pour le coup. J’ai eu un temps le syndrome de la goutte d’eau, vous savez celle qui n’a pas le droit de trainer au bord de l’évier. Puis plus tu avances en âge, plus tu regardes ton parcours, plus tu as le privilège de comprendre qu’il n’y a pas de mal à lâcher prise, couper des ficelles celles qui te dictent de tout maîtriser, y aurait même que du bon. Tout ça parce qu’à l’origine tu crois, que « jouer » la fille parfaite est valorisant et gage d’amour….erreur. Parce qu’il y a du jeu la dedans n’est ce pas? On est toutes un peu formatées, on se sent toutes l’obligation de quelque chose…j’ai parfois plaisir à dire et ça me donne de l’énergie sans doute, que je fais ma wonder woman, nétwayé, baléyé, astiké, etc. Au fil du temps j’ai gagné de grandes victoires sur moi même, j’ai lâché du leste, j’ai appris à être plus indulgente avec mon désir de perfection, j’ai même arrêté de repasser et la vie ne s’est pas arrêtée, on n’y voit que du feu et je gagne du temps!. J’avoue que mon vrai luxe, mes plus grandes vacances, c’est de ne plus avoir de pendule dans la tête, de me sentir libre de mon temps. Parce que tant que tu es la tête dans le guidon à gérer le quotidien, tu peux pas prendre le recul nécessaire, tu es comme happée dans une spirale, tu manques d’échappatoires et d’air pour respirer. Alors j’ai appris et j’apprends encore, que savoir dire « non » quand on le ressent du fond de ses tripes, c’est un cadeau que tu fais à l’autre et à toi même, parce qu’il a infiniment plus de valeur qu’un « oui » à contre coeur, ou qu’un non dit,  qui va venir se mettre sur le haut de la pile des dossiers non classés digérés. J’apprends à déculpabiliser et à ne pas céder à une certaine pression, comme quoi la gestion de la maison c’est mon job. On peut passer un petit dej sans une brique de lait, c’est pas grave, j’ai oublié le pain? et alors…. Vouloir épouser le moule à tout prix pour régaler tout le monde est une belle erreur, tu en es la première victime. Ce qui ne veut pas dire pas de compromis, c’est juste apprendre à s’affirmer sans se (re)nier, exprimer honnêtement le fond de sa pensée, avoir suffisamment confiance en soi, pour ne pas craindre le jugement dernier. Tu peux laisser certains jours ton costume de femme parfaite au placard, la terre ne va pas s’arrêter de tourner.

Non seulement, il est déjà difficile de se défaire de ses peaux mais en plus certains tiennent absolument à vous mettre des étiquettes sur le dos! Par pitié pas d’étiquette! Pas la peine d’essayer de me coller dans une case je n’aime pas qu’on m’enferme…ce doit être là mon côté sauvage. Nous sommes tout et un. C’est trop réducteur l’étiquette, c’est limitant. Même dans la vie professionnelle, il faut se mettre dans une case, j’ai rarement réussi, rien de tel qu’un titre super générique à fonctions multiples. Ce qui me plait c’est la diversité, c’est là que je trouve la vie belle dans toutes ses facettes colorées, je veux vivre en mode kaléidoscope. D’ailleurs le plus beau compliment qu’on m’ait jamais fait sur mon parcours de femme active, c’est d’avoir apporté une couleur à l’entreprise. Exactement, je veux dessiner des arcs en ciel dans l’atmosphère, inconsciemment c’est peut être pour cela que j’ai fini par tomber dans les pots de peinture.

D’ailleurs il faut parfois aller loin dans ses faux pas, loin dans ses combats pour finir par comprendre comment tomber l’armure et être au plus juste avec soi même. Quitter l’autre pour pouvoir se retrouver, pour sauver sa peau, comme un élan vitale, de peur que la flamme en soi ne s’éteigne à force de l’étouffer à l’intérieur. C’est difficile une séparation, ça demande le courage de regarder les choses et l’autre dans le fond des yeux, d’être honnête avec soi même, ne pas se voiler la face. Tu as beau mettre le pour et le contre dans la balance, déchirée entre le mal que tu vas faire et renoncer à une part de toi même, il y a une voix au fond de toi qui sait en regardant ton enfant, aussi petit soit il, que tu auras beaucoup plus à lui offrir si tu fais le choix de partir. Je ne suis pas une mère avant tout, je suis la combinaison d’un tout. Je ne suis pas femme de renoncement, et je souhaite vivre chaque heure à sa plus juste valeur (parce que je l’ai bien appéhendée). J’ai eu cent fois tord de ne pas savoir dire, d’avoir ravalé ma salive, d’avoir encaissé des situations absurdes et qui me laissaient bouche bée, ce jusqu’à en être capable d’absorption. Quand on a atteint ses limites, et qu’on sent qu’on est au point de non retour, qu’il n’y a pas de marche arrière possible, lorsque tous les appels au secours ne trouvent pas d’écho, la solution est de se délester de ce poids qui t’empêche d’avancer. J’ai pris le risque, mais je ne l’ai jamais envisagé comme tel, car je sais que j’ai été mille fois plus généreuse envers la vie que si j’étais restée à subir une situation qui ne me convenait plus, j’avais plus de force, de courage, d’énergie pour affronter toutes les péripéties, j’avais retrouvé mon oxygène, ma légèreté. Cette période mère-fille s’apparente au bonheur….et c’était le bonheur assurément, parce que j’avais renoué avec une certaine intégrité, dépouillée de tous ces faux semblants, c’était là toute ma richesse, revenir à qui je suis profondément.

La routine, sacrée maline qui tente de vous endormir. Vous connaissez certainement le fameux refrain « métro boulot dodo ». J’ai souvent eu le sentiment d’avancer telle une machine, ta vie réglée comme du papier musique, t’enchaîne les gestes les uns après les autres, les obligations les unes après les autres,  et après je ne m’étonne qu’à moitié que ma fille me dise « je veux pas grandir, c’est pas drôle, faut avoir une maison, travailler et payer des impôts! ». C’est vrai que du haut de ses 10 ans, on ne doit pas renvoyer une image hyper fun nous les grands, on court pour subvenir à nos besoins desquels nous sommes un peu pris au piège.  Tellement pris au piège parfois que le corps te crie avec des maux : » tu roules à contre sens, tu vas finir par te prendre un mur! »…tant tu refoules tes envies profondes que tu ne connais même pas d’ailleurs. Ton corps te parle et tu t’entêtes à ne pas vouloir l’écouter alors que c’est un merveilleux allié. Ce n’est pas si simple me direz-vous, c’est difficile de prendre la prochaine sortie, partir à l’aventure, en terre inconnue (j’adore cette émission), se dire je quitte la route un temps ou pour faire autre chose. Fatalement la peur vient se nicher dans le creux du ventre, tu crains de quitter le navire, c’est comme sauter dans le vide parce que ton salaire représente une telle sécurité. Souvent pour la femme il y a aussi la question de dépendance, qu’est ce que je me suis fait des noeuds avec ça!  Après moult réflexions, puis avoir dansé le tango avec mes hésitations, je l’ai fait me lancer à mon compte, accouchement difficile et douloureux que cette prise de décision. Finalement la vie m’a fait ce cadeau, parce que j’ai un mari sur qui je peux me reposer (la veinarde!) et je me suis rendue compte que je pouvais lâcher, je n’allais pas nécessairement tomber.  Moins tu triches avec toi même, plus tu avances en confiance et plus l’existence te sert du beau sur un plateau. Expérience entrepreneuriale écourtée pour venir vivre à San Francisco…pour le coup suis un vrai électron libre pour la première fois de ma vie.

Cette nouvelle liberté arrive encore comme une cerise sur le gâteau, puisqu’elle me permet de renouer avec les mots et de suivre mon instinct.

Oui nous sommes instinctives, on a juste oublié, abasourdies que nous sommes par le ronron du quotidien, nous ne prêtons que peu d’attention à ce sens animal salvateur qui nous épargnerait bien des erreurs. Je peux dire en regardant dans le rétroviseur, que j’ai souvent su quand je faisais fausse route mais je me suis entêtée à ne pas vouloir m’écouter, menottées que j’étais par mes peurs. C’est sans doute qu’il fallait que j’apprenne par moi même à me défaire de mes chaînes. Je me plais à croire que c’est votre instinct qui vous a mené sur cette page, parce que vous ressentez certainement au fond de vous ce besoin de renouer avec votre part de vérité.

Dites moi, faites vous confiance à l’animal qui est en vous?

Source:

Je remercie infiniment Cristina Ré (et ses filles)  de suivre pleinement son instinct pour composer ses photographies qui sont venues merveilleusement illustrer mes propos.

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Tatoué

Tatoué

Les bleus à l’âme

Ta peau comme un parchemin, ici des tatoués, tu en croises tous les matins. La peau pour dire, comme un ultime désir, en couleur ou en noir, pour raconter une histoire, un dessin comme un miroir de ce qui marque nos destins.

Tatoués …par la vie, je CROIS que nous le sommes tous d’une certaine façon, par des évènements heureux, par d’autres plus douloureux, au dehors comme au dedans, la vie balise son passage sûrement.

N’allez pas vous y tromper, je n’ai rien à étaler, pas question de faire pleurer, c’est juste une affaire de partage, un chemin qui peut aider, malheureusement on ne part pas tous avec les mêmes bagages…

Mon Premier Taouage: Leucémie aigüe

C’est un tattoo un peu brutal, voire violent mais Je CROIS que si je devais le représenter, je ferais un beau soleil, avec tout le respect que j’ai pour ceux qui sont dans l’épreuve, pour ceux qui y sont restés, cet évènement a « illuminé » ma vie, il m’a apportée une vraie lumière sur le monde qui m’entoure. On m’a privée de mes sens, on m’a isolée, enfermée entre quatre murs, on m’a fait des misères, un brin de torture, puis j’ai redécouvert le vent sur ma peau, le chant des oiseaux, je me suis nourrie de la force de l’océan, et j’ai pu enfin retrouver la joie de la douceur des joues de ma maman. J’ ai côtoyé le pire et le meilleur et je suis à nouveau née.

Leucémie, ce n’est pas le titre d’un film, je CROIS que ce serait plutôt une vilaine comédie, entre toi et la vie qui se jouerait plutôt dans les graves. Le sujet me (re)tourne autour depuis quelques temps, comme si la vie me sollicitait en insistant, il toque à ma porte régulièrement comme pour me dire « fais en quelque chose maintenant ». La vie est assez têtue finalement, quand elle veut te faire comprendre quelque chose, elle te le ramène incessamment sur le rivage, jusqu’à ce que tu saches comment tourner la page.

Décembre 2015, on a mis 22ans à en (re)parler à la maison, confession sur le canapé, comme pour crever certains abcès. Puis en Juillet 2016, à nouveau les souvenirs émergent, par la promotion au titre de Patron de L’institut national du cancer, de celui qui m’a sauvée la vie en 1993. Le sujet revient il y a quelques semaines  encore avec Alabama Monroe, une pierre deux coups, le film parle tatouages et leucémie, comment chacun accueille la vie, comment on encaisse les coups et comment on se remet debout…ou pas. Enfin pas plus tard que la semaine dernière, c’est ma belle-fille de 16ans,  qui après 7ans de vie commune, me demande après dîner de lui raconter.

Je réalise alors combien je suis tatouée par ces 6 mois d’hospitalisation, puis par les années qui ont suivi. Combien tout est vif aujourd’hui encore dans mon esprit, combien toute cette période m’a collée à la peau, faisait partie de mes nuits, de mes jours, toujours lovée dans un coin de ma tête, plaquée au coeur, présente dans chacun de mes pas, dans chacune de mes respirations…je CROIS que pendant  longtemps tous ces moments sont restés omniprésents.

A l’époque, pas de psy pour t’aider, pour déverser la colère, les questions, pas d’ateliers pour apprendre à t’accepter, imberbe, à mi-chemin entre le bonhomme Michelin (bouffie que tu es par les chimios) et Sigourney Weaver dans Alien…vous voyez le tableau?! Je CROIS que la seule chose qu’on m’ait envoyée c’est une religieuse, elle m’a fait peur, j’ai cru qu’elle venait pour l’extrême onction…je l’ai expédiée sans explication!

Faut que je vous confie un secret, quelques jours après être arrivée aux urgences, dans l’unité Siguier du service d’hématologie du CHU d’Angers, j’ai du signer (19ans à peine) à 40° de fièvre un papier qui demandait mon accord pour qu’on teste sur mon cas un traitement venant des Etats-Unis …donc je CROIS que  je suis actuellement en plein pèlerinage!. J’espère juste qu’il aura sauvé la peau de beaucoup d’autres comme il a sauvé la mienne.

12 mois, c’est le temps qu’il m’a fallu pour lutter, encaisser et me relever. C’est photographique, de vrais instantanés, un concentré d’émotions, la maladie ce catalyseur à la con. Faudrait vous dire comment l’encre se glisse doucement sous la peau,  comment l’esquisse prend forme, jour après jour, comment le trait s’affine avec amour. Il n’y aurait aucune impudeur à raconter, la bulle, l’isolement, la coupe Kojak, la greffe, le rire, les larmes, la douleur physique, la souffrance psychologique, la peur, le noir, la solitude, le désespoir des malades autour…et puis l’amour, beaucoup d’amour. Parce que raconter peut sans doute aider certains sur le chemin. Parce que je CROIS que même si tout ton entourage fait preuve de compassion, tu ne trouves la véritable compréhension que dans le regard de ceux qui vivent la même condition.

En hommage à tous les tatoués, ceux qui sont partis trop tôt, ceux qui sont restés et ceux qui luttent encore, dites vous que sous chaque épreuve se cache un fabuleux trésor : cette rencontre avec vous même. Je ne souhaite de cancer à personne, mais cette épreuve a changé mon regard à bien des égards, quand tu passes par ce genre de chose, après la vie c’est comme un éléphant rose. Je CROIS définitivement que ça ne veut pas dire que désormais tout ira bien, c’est juste qu’on t’a remis quelques cartes en main.

Je CROIS que si je devais me faire tatouer demain, je choisirais BELIEVE, parce que CROIRE, par dessus tout c’est ce qui m’a sauvée à vie.

Chiche !

Source : Creative Fan

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